Traductions en direct!

La traduction non plus ne s’arrête pas… Il ne sera certainement pas possible de tout traduire en 24h, mais, voici déjà un petit aperçu (traductions à l’état brut, sans relecture…) des textes de nos auteurs allemands. A la traduction, Béatrice et Myriam…

ZL RING Robert

Robert Klages

Robert

1

1er tour, compartiment 1, 12 h

Les gens s’assoient loin de nous, mais ça tient plus à l’équipe de cameramen qu’à mon odeur. J’ai remarqué que c’est moi qui avais le plus petit, le plus petit ordinateur. Je n’ai pas encore réfléchi à ce que je vais écrire. Je suis fatigué, je dois pisser, j’ai faim. C’est vraiment la merde d’être un humain. Mes besoins me font chier. Dans quelques années les humains n’auront plus besoin d’aller aux toilettes, n’auront plus faim, mais bon d’ici là, je ne serai plus en vie non plus. Les organes seront remplacés par des appareils électroniques, et manger ne sera plus indispensable.

La femme à coté de moi ressemble déjà à un robot, elle téléphone tout le temps, je la déteste, mais c’est un robot, alors ça va : on a le droit de détester les robots, ils s’en rendent à peine compte, pas du tout même, enfin pas encore, la technique n’en est pas encore là. Elle, c’est un robot, moi, c’est Robert.

Dans le temps, à l’école, les enfants m’appelaient Robbi robot. C’était marrant, peut-être que je n’ai pas remarqué que je suis vraiment devenu un robot. On pourrait dire que mes textes sont des robots. Ils ne ressentent rien; même si j’essaie de leur insuffler de la vie, ma vie, ma vie en écriture et lettres d’imprimerie sur fond blanc dans un document Word. Une petite séquence du moins. La femme à coté de moi n’arrête pas de téléphoner, dans une langue de robot, asiatique apparemment. De temps en temps, j’entends le mot « Vattenfall »* [n.tr. compagnie d’électricité allemande]. Apparemment, il s’agit d’un problème de factures d’électricité. A côté une famille, un landau d’où sortent des hurlements. Les parents se goinfrent de hamburgers MacDo en regardant dans le landau. Ils donnent à l’enfant un morceau de hamburger. Pourquoi pas. Nous sommes Ringbahn. Je suis Ringbahn. Aujourd’hui Berlin est Ringbahn.

Südkreuz.

Ça se vide. Dans la tête comme dans la rame. Mes pensées descendent. Faire plus de paragraphes.

Schöneberg.

Toute une station sans écrire. Ça peut arriver. En fait, je n’ai pas tout envie de passer la journée devant l’écran, je fais déjà ça tout le temps au travail, toujours l’écran, et encore après aussi – tout passe par l’écran. Sans écran, pas de vie, pas de vie sociale. La femme robot est descendue, la famille Hamburger aussi. Je n’avais pas remarqué. Ça peut aller très vite. Je ne les reverrai plus jamais et ils ne savent pas qu’ils sont à la télévision et dans mon texte. Mon texte les a avalés. Mais c’est ce que j’aime dans mes textes et dans les textes en général. Ils avalent tout, tu peux faire ce que tu veux avec.

Station Westkreuz, je ne me suis pas endormi.

2.

Nouvelle tentative. J’ai décidé de ne plus effacer une seule phrase. Tout doit sortir. Peu importe quoi. Même cette phrase : Je suis un petit idiot imbécile. Ça reste. Et maintenant, je continue comme ça. Après tout, je suis un robot et chez les robots toutes les actions sont enregistrées.

Wedding 13 heures.

Humeur ok. Mes voisins n’ont pas d’idée à me donner pour une phrase, mais ils sont très sympas. C’est une famille nombreuse de Berlin, ils ne me répondent pas, mais c’est à cause des caméras. Les enfants regardent, fascinés. Le premier tour est presque terminé. Conclusion : très sympa. Le train est de nouveau très plein, ça je peux le dire. Mon cerveau est lui aussi de nouveau plein, ça je peux le dire.

Station Landsberger Allee maintenant.

La famille descend. Ils disent au revoir. Je me souviendrai d’eux toute ma vie. Mon cerveau est comme un ballon qui par intervalles se remplit d’air et ensuite s’envole dans les airs car l’air s’échappe vite. Je pompe des idées, les laisse s’échapper dans le texte, juste en beaucoup plus comprimé.

Station Treptower Park

Nous ne sommes pas très différents des autres voyageurs, les autres gens de la Ringbahn. Eux aussi ils tapent sur leurs laptops, lisent et font des choses avec leurs téléphones portables. Des hommes modernes. Nik écrit une phrase par station. Moi aussi, je ferai ça plus tard. J’ai conclu un deal avec Valérie. Le dernier tour elle écrit en allemand et moi en espagnol et on boit une bouteille de vodka. Ça peut être marrant. Station Hermannstraße Quelqu’un fait des photos de nous, je ne le connais pas. Nous n’avons pas encore été contrôlés, CONTRÔLE DES BILLETS, je veux dire.

Station Tempelhof

Changement pour la ligne 6. C’est ici qu’habite Tim. Ecrire quelque chose sur chaque station, Ça ne marche pas. Quelquefois on s’arrête à une station et je ne m’en rends pas compte. La Ringbahn est ma « maison » et les autres voyageurs des objets d’intérieur, des meubles qui changent sans cesse, qui se changent eux même. Les annonces des stations sont la radio. La fenêtre la télévison, et elle montre toujours la même rediffusion. Prise de vue actuelle Südkreuz. A la maison j’aime bien m’assoir tout nu.

Station Schöneberg.

Il y a des stations qui sont plus rapprochées, d’autres pour lesquelles on dispose de plus de temps. Des pigeons, des pigeons et des gens, ça il y en a dans toutes les stations. Des grand-mères montent et ne s’intéressent pas à nous. Elles nous prennent pour des humains. Les lattons ça va avec les humains comme les pieds ou le mal de dos ou une écharpe en hiver.

Station Innsbrücker Platz. Atttttention au départ! Personne ne monte. Arte continue de filmer. Je suis curieux de ce que ca va donner.

Station Bundesplatz.

Maintenant ça s’accélère, station sur station, stakkato. Un homme avec un livre monte. Attttttention au départ!!! Je voudrais contraindre mon cerveau à être intelligent, à être créatif.

Station Heidelberger Platz.

C’est toujours ici que je changeais pour aller à la fac, dans le temps. A l’époque aussi, je devais contraindre mon cerveau à être intelligent. Mais ça fait longtemps. Mon cerveau et moi, on a longtemps eu une relation conflictuelle, mais entre temps ça va : je ne l’accable pas inutilement et il me laisse en paix. Station Hohenzollerndamm. La station était assez longue, j’ai pu réfléchir tranquillement, bricoler quelque chose. Atttention au départ !!!! Mon cerveau proteste, il n’est pas habitué à tant de considération. C’est un petit cerveau. « Compact » devrais-je plutôt dire comme les gens gros qui se disent trapus.

Station Halensee.

En voituuuure !!!! Je me demande si on aura l’occasion de faire connaissance avec le chauffeur. Probablement pas. Peut-être qu’il écrit aussi des textes en conduisant. Probablement pas.

Station Westkreuz.

On dirait le Monopoly. Mon cerveau se balade comme une bulle d’air. Plus loin dans le wagon, quelqu’un a vomi sur un siège. Maintenant qu’on me l’a dit, je le sens aussi.

Station Messe Nord,ICC, Bus, c’est d’ici qu’on prend les bus intercontinentaux ou quelque chose comme ca. Un homme monte encore au dernier moment. Mon cerveau, lui, descend.

Station Westend.

Mais il n’y a pas de fin, c’est un cercle, un cercle n’a pas de fin. En voituuure !! Des enfants montent. Ils font leurs devoirs, un samedi. Je n’ai jamais fait de devoirs un samedi. Le samedi on allait à la piscine ou au jardin ou au terrain de foot ou en forêt. Mais c’est peut-être aussi pour ça que mon cerveau est si étroit. J’ai pensé qu’une station arrivait, mais non. Trop de temps encore cette fois-ci.

Ah. Station Jungfernheide.

Beaucoup de gens affluent. On est à l’étroit, mon cerveau sent ça, naturellement. Il n’aime pas être à l’étroit. Çaagitaussitôtsurmafaçondemexprimerquandlesgenssontsiprèsdemoicommesiilsétaientdansmoncerveaul’hommeàcotédemoipuecequin’estpasgravestationbeußelstraßeilyaunpeu plus de place puhhh. J’envoie ça, mon cerveau a besoin d’une pause.

  1. Une histoire avec happy end

Salut. Je m’appelle Paul et je suis quelqu’un de remarquable, quelqu’un qu’on remarque. C’est ce qu’ont dit les profs avant de m’amener ici, et aussi les gens de l’État, d’une sorte d’administration. Ici je suis tout seul. Trois fois par jour, ils me passent à manger sous la porte métallique. Beaucoup à manger. Je n’ai jamais tant mangé. Et c’est bon, c’est étrange. Quel que soit l’endroit où l’on soit ici, ils ont vraiment un bon cuisinier. Enfin bon. Je crois que « remarquable », ça veut dire gros. Je suis trop gros, trop moche. Mes boutons et tout ça, les jambes arquées. «Remarquable », je ne l’ai jamais été. J’étais assis derrière, au dernier rang et j’ai essayé de bouger le moins possible, de ne pas attirer l’attention sur moi. Mais à un moment le prof s’est mis à me crier dessus. Il a crié et m’a désigné, et ils se sont tous retournés, et il a dit « Baaahh », il était vraiment écœuré. Pourtant, moi j’étais comme d’habitude. « De quoi tu as l’air encore ! ». Ca ne pouvait plus durer, il y avait dans cette école des règles en ce qui concerne le bien-être esthétique, je le savais bien, on en avait parlé plusieurs fois avec mes parents, si ça ne changeait pas rapidement… Chaque matin, mes parents étaient nerveux. Ils m’ont douché, poudré et maquillé, ça n’a rien changé. Ma mère se détourne toujours de moi l’air dégoutée quand elle me poudre. Les boutons ont été traités à l’acide, mais ça n’a fait qu’aggraver l’affaire et tout le visage est maintenant irrité. Même les médecins de la « clinique d’esthétique » de Schöneweide n’ont rien pu faire pour moi. Ça ne peut pas non plus avoir été à cause de mes notes. J’avais toujours de bonnes notes, j’ai beaucoup travaillé. Seulement en cours, je n’avais pas le droit de parler. Je faisais fuir les enfants, a dit le directeur à mes parents. A un moment on m’a mis dans une sorte de cage : de l’extérieur on ne pouvait rien voir, mais depuis l’intérieur je pouvais regarder et suivre le cours sans détourner l’attention des autres enfants. Beaucoup de parents ont retiré leurs enfants de l’école. Il paraît que ma vue ne rendait pas service au développement esthétique de leur progéniture. Je pouvais créer des dommages sur leur conscience esthétique qui pouvaient être irrémédiables. Je ne sais pas si c’est vrai. En tout cas j’en suis désolé. Mes parents se sont suffisamment excusés pour moi, mais que peuvent-ils faire de plus ? On ne pouvait pas se permettre de payer un prof privé, et il y en a eu un, un type de Wedding, il se mettait toujours à vomir quand il me donnait un cours maths. Il voulait plus d’argent, des dommages et intérêts, mais l’assurance ne veut plus marcher dans mon cas, mes parents ont essayé plusieurs fois. Mes parents ont pourtant une apparence tout à fait normale, ils répondent aux règles d’esthétique des administrations, comme une enquête l’a montré. Malgré tout ils doivent payer chaque mois une amende pour moi. Une partie de mon argent de poche m’était retirée pour payer ça. Mais ce n’était pas si grave, car je ne pouvais de toute façon rien acheter. On ne me laissait pas entrer dans les magasins, une fois même il y en a eu un qui a sorti un pistolet de son tiroir. Où que j’aille, on me demande aussitôt de sortir du magasin. Personne ne sait comme ça a pu en arriver jusque là avec moi. Mais apparemment on ne savait plus quoi faire et on m’a amené ici. Ma mère a pleuré, mais il fallait que je comprenne que j’étais naturellement aussi une charge pour elle. De temps en temps, environ une fois par semaine, on frappe à la porte. Quelqu’un demande comment je vais. « Bien », je réponds. Qu’est-ce que je pourrais dire d’autre ? Ensuite la voix me dit que ma mère me fait dire qu’elle m’aime. Et ça me fait plaisir. Hier on m’a glissé une lettre avec la nourriture sous la porte. Il y en a un paquet d’écrit, un langage d’administration, je ne comprends rien. Mais si je comprends bien, je dois être exécuté demain. Simplement ils ne savent pas encore comment. Vraisemblablement ils n’ont pas trouvé de bourreau car ils ont tous peur d’être atteint par la malédiction de la laideur en me faisant la piqure. Et aussi tous les autres employés ont refusé de participer à mon exécution. Il est ensuite écrit que même mes parents ne sont pas disposés à me faire la piqure, ce qui serait leur devoir, mais ils refusent. Ça me touche beaucoup. Ils m’aiment vraiment. Je suis désolé d’en avoir douté. Juste à l’instant, on vient de me glisser sous la porte une piqure et un autre mot.

4.

Maintenant je ne sais plus ce que je dois écrire. Vraiment pas. Peut-être que je pourrais faire un texte avec ça. Par rapport à cet après-midi, ce soir c’est un peu plus agité dans la Ringbahn. La télé est éteinte. Je me sens tout à coup très seul sans télés autour de moi. Je m’étais habitué. Je vais les appeler demain. Je voudrais qu’elles soient toujours près de moi. Il faut quand même qu’elles soient là quand je me réveille. Elles ne sont pas obligées de dire quelque chose. Je me lève, je vais pisser, me brosser les dents, prendre une douche, un petit-déjeuner – elles éclairent tout comme il faut, réarrangent quelques trucs, mettent en scène ma vie. De temps en temps, le cameraman dit qu’on doit refaire encore ça, et on refait encore ça. Jusqu’à ce qu’il s’assied. Je veux bien prendre trois fois de suite mon petit-déjeuner. Pas de problème. « Fais comme si on était pas là », disait tout le temps l’assistant cameraman.

Maintenant ça me manque.

Alors je me le dis à moi-même. Peut-être que je pourrais m’imaginer une équipe de tournage. – J’essaie un peu, mais quelque part, ce n’est pas la même chose. Je veux me sentir observé et faire en même temps comme si je ne me sentais pas observé. J’ai aussi pensé qu’Arte devrait me filmer pendant que je mange un döner. Très lentement, et de temps en temps, ils devraient même faire un ralenti. Ensuite, il faudrait diffuser ça tous les jours à une heure précise. « T’as déjà vu le type qui mange un döner sur Arte? » J’ai eu cette idée parce que ce matin pendant l’interview avec Arte, j’ai prétendu être un « satiriste surréaliste ». Je ne sais pas ce que c’est, ni ce que ça devrait être, j’avais juste pas d’autre idée. Dans le fond, ça sonne inhabituel et extravagant et aussi bien débile. Mais si je suis le type qui mange un döner sur Arte, alors tout le monde peut avoir une idée de ce qu’est un satiriste surréaliste. C’est-à-dire moi. Je pourrais fonder un nouveau style et devenir le grand Mogol de toute l’histoire. Et alors j’aurais peut-être finalement de nouveau une équipe de tournage autour de moi, parce que ça me manque toujours. Ils étaient à moi, comme mon pied gauche. Maintenant c’est comme s’ils me l’avaient amputé.

C’est devenu plus vide, on est à Hohenzollerndamm. Une fille est assise à gauche en face de moi avec un livre. Elle non plus n’a pas d’équipe de tournage avec elle. je trouve que dans une société d’abondance comme la nôtre, chacun devrait avoir  droit à une équipe de tournage. Je vais fonder un parti et exiger ça. Au moins, comme ça, j’aurais de nouveau une équipe de tournage et le parti pourrait s’appeler « les satiriques surréalistes pour le droit à une équipe de tournage ». SSDET. Encore que ET ça peut faire penser à E.T., SS à SS et D à rien. Ensuite, le SSDET exige que les bottes et les chaussures ne soient plus nettoyées qu’avec du champagne, et seulement à 14h33. Et le champagne devrait de nouveau s’appeler du mousseux. L’utilisation d’ordinateurs portables devrait être interdite entre 20h13 et 21h47. Une minute de silence sera obligatoire chaque jour à 10h pile, le poussage de vélos entre 6h37 et 8h01 interdit.

On est à la station Westend. Ça se remplit à nouveau. Tous des électeurs potentiels. Je dois les gagner pour moi, pour le parti, pour le SSDET. Alors je commence par leur nettoyer les chaussures. L’un après l’autre. Certains se défendent, mais je les tiens fermement par les jambes et je continue à frotter. C’est la campagne électorale. Et il y en a beaucoup à qui ça plait. « Vous ne trouvez pas que ce serait bien si je pouvais vous netter les chaussures avec du champagne? », je demande. En descendant, beaucoup me promettent de voter pour le SSDET. Ça commence bien.

Nous voilà la station Gesundbrunnen.

5.

Ringbahn, huit tours ou quelque chose comme ça. Premières traces d’alcool dans le sang. Dans le temps, quand on était étudiants, une fois on a fait la Ringbahn de la picole. A chaque station de la Ringbahn, dans le bar le plus proche, bière ou schnaps. Je ne sais plus si on a réussi, sincèrement je ne sais plus. Ce qui est sûr c’est qu’en comparaison, là, je suis parfaitement sobre. Nous voilà à la station Hermannstraße. Trois d’entre nous achètent un journal au vendeur de Straßenfeger [n. tr. journal de sans-abris vendu à Berlin]. Une femme avec un vélo monte et s’assoit parmi nous, elle ne sait pas que nous sommes tous en train d’écrire des textes. On est assis les uns à côté des autres, comme des poules sur un barreau. Chacun pond son œuf. L’un pond un gros œuf, l’autre un petit œuf. A Storkower straße, le vendeur de Motz [autre journal de sans-abris] monte, mais il a moins de succès que le vendeur du Straßenfeger. Il a un accent bavarois. Je ne sais pas si je devrais trouver ça bizarre. Les Français parmi nous ne comprennent rien et s’étonnent. Ensuite, à Landsberger Allee, un vendeur de la Süddeutsche Zeitung [n. tr. : un des quotidiens allemands les plus importants] qui monte. On s’étonne. Eux aussi ils doivent bien vivre, à cause des nouveaux médias c’est de plus en plus difficile de faire encore du bon journalisme, avec Internet… et ainsi de suite. On lui achète quelques journaux, parce qu’il nous fait vraiment une impression misérable. Très amaigri, pâle, triste. Et puis, il faut soutenir le journalisme là où on peut. Prenzlauer Alle : Kai Diekmann [rédacteur en chef du journal Bild] monte, il est de bonne humeur et visiblement un peu éméché. Il distribue des exemplaires gratuits du Welt Kompakt, mai spour cela il faut s’inscrire pour un abonnement gratuit, résiliable aussitôt. Tout le monde le fait, même s’il ne s’agit pas de journalisme, mais après tout chez Springer travaillent finalement aussi des gens, dont beaucoup ont une famille. Malheureusement. Frankfurter Allee, un vieux monsieur tente de nous arracher nos ordinateurs des mains et nous devons vraiment nous défendre, on a du mal à s’en débarrasser. Étendu au sol, il pleure. On pense qu’il s’agit de Rupert Murdoch. Il a encore le style particulier de ceux qui ont été riches et sont devenus pauvres. Il porte encore des chaussures en cuir de prix qui ne doivent pas lui faciliter la vie dans la rue. Quelqu’un lui donne 50 centimes. Rupert les jette et se met à crier, qu’est-ce qu’on voulait qu’il fasse avec ça, deux euros c’était vraiment un minimum… Il braille à la cantonnade, je n’ai encore jamais vu un homme jurer comme ça. Le vendeur de Süddeutsche Zeitung veut récupérer la pièce, mais Murdoch lui met un coup au creux de l’estomac. Pendant qu’ils se battent, Kai Diekmann prend l’argent et saute en dehors de la rame. Murdoch et le vendeur de Süddeutsche se lancent à sa poursuite. On reste assis et je pense : oh bon sang, voilà de la matière pour une histoire! Comme d’habitude, personne ne me va me croire, mais cette fois, j’ai des témoins.

ZL RING Nikita

Nikita Afanasjew

Nikita

Les 7 auteurs sont donc là. Chacun d’entre eux a presque sa propre équipe de caméra. Arte, Deutschlandfunk, les bloggers français . lls sont sur le point de monter dans le S9 vers Schöneberg. Notre nouvelle « maison «  arrive alors : le S41. Dans le sens des aiguilles d’une montre.

12 :35

Les gens dans le S-Bahn sont fascinés par la troupe franco-germano-italienne d’écrivains. Ça parait vraiment très hip quand 7 personnes montent dans la rame et commencent à écrire avec la plus grande concentration sur leurs laptops. Les cameramen cherchent encore les meilleurs points de vue. Ecrire est pourtant un processus très peu scénique. Dehors : Sonnenallee. Une station très peu théâtrale.

12 :38 Südkreuz.

Beaucoup de gris. Beaucoup de verre. Une transparence désarmante. Quelque part un peu triste que bientôt presque toutes les gares se transforment ainsi, par exemple la Ostkreuz ou la Warschauer Straße. La Südkreuz est la Michael Müller des gares. Simple et efficace. Mais où est le véritable enthousiasme ?

12 :43

Guerre froide dans la S-Bahn. A Heidelberger Platz il n’y a presque plus personne dans le train. Les wessis boycotteraient –ils encore les trains de la RDA ? Les bébés roumains ont-ils vraiment le droit de manger des Burger de chez MacDonald comme on peut le voir juste à l’instant ? Et que dirait donc Marge H. de tout ca depuis son exil sud-américain ?

13 :11

Premier tour terminé. Observation : Ça dure 1 heure 7 minutes. Ca ne fait pas mal. Et : Quand est assis dedans, on ne peut pas être en train de l’attendre, on ne peut s’énerver qu’il ne marche pas, ou se faire écraser en jouant au ballon sur les rails. Donc : ne plus jamais en descendre.

13 :03

Wedding. Le dernier tronçon de la Ringbahn 2002 a été appelé apparement Wedding-Day. Comme tout le parcours a été nommé Tête de chien. C’est internet qui dit tout ça. Invraisemblable aussi, qu’il n’y ait qu’un berlinois qui utilise ce mot.

13 :17

Début de la série : Une phrase par station. Ostkreuz : la Ostkreuz ressemble à la Südkreuz, les travaux durent aussi longtemps que ceux du château et elle est aussi mal reliée que la Hauptbahnhof ( gare principale) : La Ostkreuz est Berlin. Treptower Park : attend la A100 – alors que personne d’autre ne le fait. Sonnenallee : L’hôtel Estrel est comme un vaisseau spatial d’une planète heureusement très éloignée.

13 :32

Tempelhof :  « Je veux un bœuf de toi » (le jeu de mot avec « je veux un enfant de toi ; en français ne marche pas. En allemand Kind-Rind /enfant-bœuf ). Cette pub est omniprésente. Südkreuz : toi perle du sud, mon amour…Schöneberg, au moins ce n’est pas Schönefeld.

13 :38

Innsbrücker Platz : coincée entre autoroute et friches le long des lignes de trains, en attendant un centre commercial. Bundesplatz : ce nom ne fait référence à rien de concret. Heidelberger Platz : Dehors, isolée, une cabane de jardin qui fut sans doute jadis entourée par ses semblables.

13 : 43

Hohenzollerndam : que faire avec cette place où il y avait avant des voies? Peut-être une Ringbahn pour les cyclistes. Halensee : le rythme hypnotique de 14 mains qui écrivent. Pour ça Halensee n’y peut rien. Westkreuz : la Westkreuz dit à la Ostkreuz : regarde un peu la statue de la liberté de derrière.

13 :49

Messe Nord : s’il vous plait ne construisez pas la nouvelle bibliothèque centrale ici. Westend : l’islamiste radical hurle au bourgeois décadent. Westend ! Tant de banlieues il n’y en a le long de la Ringbahn qu’autour de la Storkower Straße.

13 :55

Beusselstraße : Personne n’a l’idée de venir installer des industries à Berlin. Westhafen : y a t-il une raison spéciale pour la quelle Berlin a tant de dénominations avec Ost (est), West (ouest), comme n’a seulement que le Diwan ? Wedding : 94 % des américains qui cherchent leur but de voyage par nom, ne trouve pas le Wedding romantique.

14 :02

Gesundbrunnen : quelle allure a le contraire d’une fontaine de jouvence ??Schönhauser : comme l’odeur du vomi venue du fond du wagon est insidieuse à 14 Heures un samedi. C’est malheureusement vrai. Deuxième tour terminé. Où était donc le compartiment fumeur ?

14 :17

Sur le sol : des chopines vides de Jägermeister. 4cl. Couché. A coté : des chips PocoLoco. En miettes. Entre : Un sac avec une croix gammée barrée. Debout. Ostkreuz. Ca serait la station la plus fréquentée d’Allemagne. A l’est de Berlin il y a le Brandenburg bien aéré et l’Odenburg très peu habité. Où vont donc ceux qui passent par ici ?

14 :34

Deux tours et toujours pas de contrôle. Incroyablement hors de contrôle ce trajet de S-Bahn (RER).

15 :07

Comment c’est d’être filmé et observé par les voyageurs en écrivant dans la S-Bahn? Amélie :  C’est un peu comme un acteur qui se regarderait dans son propre rôle. On va avoir besoin de temps pour s’adapter à la situation. Neil : C’est vraiment difficile de se concentrer. J’écris normalement dans un calme total à la maison. De temps en temps j’ai l’impression de rentrer dans un tunnel de concentration mais le plus souvent j’ai l’impression d’écrire n’importe quelle merde. Nicoletta : C’est psychologiquement très contraignant. Le mouvement et l’odeur. Je remarque déjà mes jambes. Ca va être dur de tenir jusque dimanche midi. Robert : Je vis une nouvelle expérience avec mon cerveau, Berlin et la S-Bahn. Je me sens comme un œuf qui a été mis en rotation longtemps et qu’on a arrêté et tout d’en coup stoppé et l’intérieur tourne encore. Un œuf de Colomb. Nicolas : il y a un film en France où le protagoniste tombe du toit et dit pendant qu’il tombe : pour l’instant tout va bien. Je me sens un peu comme ça.

15 :37

Il est temps de parler de quelque chose de désagréable. La S-Bahn est une ligne de démarcation. Les développeurs du web venus de New York ou les Ravers professionnels de Rotterdam viennent à Berlin et ce qu’ils veulent c’est « habiter à l’intérieur du Ring, peu importe où mais à l’intérieur ». A´l’intérieur c’est une zone verte, à l’extérieur les vieilles Fords de l’ère Helmut Kohl empestent l’air. A l’intérieur le soleil brille. A l’extérieur C’est un sensible Brandenbourg. A l’intérieur les barbes poussent. A l’extérieur des représentants bien rasés attendent le prochain fiacre. C’est bien totalement absurde. Mais le fond est vrai.

ZL RING Patrick

Patrick WEH Weiland

Patrick

Dans une porcelaine grise

se reflète ton visage

les branches s’étirent au travers de ton corps

des mots vendus s’inscrivent sur les murs des maisons

un vélo m’accompagne inlassablement

la lumière rampe sur la sol et regarde mes doigts

saleté sous les ongles

tu ne dois pas jeter de bouteilles par la fenêtre

des interdits planent au dessus de notre existence

antennes sur les têtes dont celles qui ont inventé la brique

à chaque lettre correspond un livre entier

j’annonce un signe

Robert a un bouton dans la cou

il y a toujours une prochaine station, on peut toujours s’échapper

mes pieds sont glacés

des fruits pourris sur le sol

les motifs sont maladroits, petits et piétinés

la maison verte me lance un baiser

la patrie est en miettes

partout ne sont que décombres et cendres

on ne peut descendre que du côté gauche

nos bras entrainés par les moteurs collent les uns aux autres comme des chewing-gums

des hommes tombent en triangle,

en rythme la lampe rouge s’allume

nos poursuivants changent il sont trop nombreux

et les lettres sont en surnombre

la lumière grimpe plus haut,

arrivée au plafond elle se repose on voit les doigts,

sans volonté, sans rythme, et pourtant avec élan

ils se démènent vers l’avant filent par ici, ou par là

un chien noir sur un sac jaune

des carrés auxquels nul ne prête attention se lovent contre mon dos,

ils sont seuls la proximité qu’ils cherchent, ils l’auront

ma tête est un tableau rose

un toit de tôle tente de respirer

un canapé recouvert de neige entre les arbres

il y a un marteau

derrière moi décollent les feux d’artifice, observés par une boule blanche

99 fleurs sont emballées par l’ours, qui ne sait plus sur quoi écrire

des parkings avec des fantômes,

à côté Mac Donalds rempli à ras bord de monstres

Südkreuz: Jésus est cloué sur sa croix et la croix clouée à ta poitrine

des petits cochons roses commencent à sourire,

lorsqu’on les nourrit de merveille

d’un balcon bleu, le roi laisse s’envoler son drapeau

un aquarium dans le paysage pardonne moi l’horreur,

j’ai reçu un petit casque en pleine tête

il y a beaucoup de montagnes par ici

vertes! soyez vertes pour moi

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